« Goéland » est un nom vernaculaire désignant des oiseaux marins de la famille des laridés. Sur les côtes européennes, l’espèce la plus commune est le goéland argenté (Larus argentatus). C’est donc un goéland argenté qui va vous conter son histoire et celle de quelques autres goélands des côtes bretonnes.

Morphologie

Avec mon mètre et demi d’envergure, je ressemble beaucoup au goéland brun. En fait, je m’en distingue essentiellement par mes pattes roses et mon dos gris-clair. Pour sa part, le goéland brun a les pattes jaunes et son dos fait penser à une ardoise d’école. Quant aux 2 autres cousins dont je souhaite vous parler, le premier est l’un des plus grands goélands européens alors que le second fait partie des plus petits, respectivement : le goéland marin et le goéland cendré. Le goéland marin a en effet une stature particulièrement imposante (envergure maximale : 1.75 m) accentuée par son dos presque noir type tableau d’école des années 2000. Puisque je peux vivre plus de 30 ans, j’ai connu cette époque. En revanche, le goéland cendré a une taille proche de la mouette rieuse mais présente une tête toute blanche quelle que soit la saison, contrairement à la mouette rieuse qui revêt un capuchon noir en période nuptiale.

De manière générale, mes compères et moi avons une tête et un ventre blancs ainsi qu’un dos gris. De plus, notre mandibule inférieure comprend généralement une tache rouge qui sert aux jeunes (grisards) de signal d’appel pour la régurgitation. Le goéland cendré déroge cependant à cette règle. Quel fantaisiste celui-là !

Pour me distinguer de la femelle, qui ne s’appelle en aucun cas la goélette, on ne peut se fier qu’à ma taille. En effet, en tant que mâle, je suis toujours un peu plus grand que la femelle.

Vous pouvez télécharger le mémo suivant : la morphologie du goéland argenté adulte et de ses compères

En dehors de ma période de reproduction (période internuptiale), mes compères et moi revêtons un plumage légèrement différent : le plumage d’éclipse. Ainsi, en hiver, j’arbore sur ma tête des taches brunes qui me font ressembler à un bandit. Le goéland brun et le goéland cendré, en revanche, présentent des stries grises. Enfin, le goéland marin ne présente pas de différence de teinte en période internuptiale.

Tête d'un goéland argenté en plumage d'éclipse

Tête d’un goéland argenté en plumage d’éclipse
Le reste du plumage ne change pas.

Source : Wikimédia/Gzen92/CC

Contrairement à la plupart des oiseaux, nous, les goélands, mettons 3 ans avant de revêtir notre plumage adulte à l’exception du goéland cendré qui portera son plumage adulte après seulement 2 ans (c’est ça être un petit goéland !). En fait, notre plumage et notre bec se modifient progressivement pour se rapprocher de celui de l’adulte. Me concernant, mes jeunes ont le plumage brun maillé de blanc. D’autre part, leur bec est plutôt noir la première année. Enfin, leurs pattes ont une couleur proche des miennes.

Les poussins du goéland brun ont une apparence assez proche des miens au détail près qu’ils ont déjà un plumage plus sombre. Quant aux juvéniles du goéland marin, ceux-ci ont des pattes et un plumage alaire similaires à celui de mes poussins. En effet, leur tête et leur ventre sont blanc sale et s’éclaircissent au cours de leurs mues successives. Leur bec, quant à lui, est bien plus massif (ah, celui-là, il joue au dominant dès le plus jeune âge !). Enfin, le jeune goéland cendré se différencie nettement avec son bec rose terminé de noir, sa tête et son corps d’un blanc-beige parsemé de taches brunes.

Pour mieux percevoir ce qui différencie les juvéniles de goéland, vous pouvez télécharger le mémo suivant : la morphologie de juvéniles de 4 espèces de goéland

Ecologie

Milieu de vie et nourriture

Mes compères et moi fréquentons les côtes, que celles-ci soient rocheuses ou sableuses. De plus, le goéland brun et moi-même nous rendons fréquemment à l’intérieur des terres (cultures, plans d’eau, cours d’eau, décharges) pour leur potentiel nourricier intéressant. C’est sûrement la raison pour laquelle j’y rencontre le goéland marin pendant la saison de reproduction. Un concurrent de plus pendant cette période ! Comme s’il n’y en avait pas assez…

En parlant de nourriture, nous, les goélands, ne sommes pas difficiles. On peut aussi bien manger ce que la mer nous offre (poissons, mollusques et crustacés) que des micro-mammifères, oiseaux, végétaux et des charognes. Moi, en plus, je ne suis pas farouche et j’adore profiter de la nourriture abandonnée par les humains. En outre, lors de la saison de reproduction, j’augmente considérablement ma consommation de poisson. Pour mes compères, la reproduction n’a pas d’influence notable sur leur régime alimentaire.

Le goéland cendré fréquente un nombre de milieux moins important que moi. Ainsi, comme dit précédemment, on peut le voir sur les côtes, mais aussi au niveau des lacs, des campagnes du littoral et dans les champs. Plus précisément, lors de la reproduction, au printemps, le goéland cendré s’installe sur les côtes. Puis, une fois la saison de reproduction passée, les goélands cendrés se rassemblent pour se nourrir sur les estuaires, les plages, les pâtures et les cultures.

Au niveau de ma répartition nationale et de celle du goéland brun, on me trouve sur toute la côte ouest que ce soit pour la reproduction ou pour l’hivernation. Dans le quart nord-ouest, je gagne l’intérieur des terres pendant la saison froide. Le goéland marin, quant à lui, hiverne et niche le long de la côte nord-ouest et on ne le trouvera dans la partie sud-ouest de la France que pendant l’hivernation. Enfin, le goéland cendré est un hivernant commun en France et y niche uniquement dans le nord.

Territoire et nidification

De manière générale, nous, les goélands, nous ne construisons qu’un nid (nidification) par an. La couvaison dure ensuite 4 semaines, le tout au printemps. Cependant, si la nichée (l’ensemble de mes poussins) est perdue, nous effectuons une seconde nidification. Pour créer notre nid, nous utilisons, entre autres, des végétaux tels que les algues et les herbes sèches. Cependant, il nous arrive également d’utiliser des plumes et des déchets humains (plastiques, papiers, …) que ce soit pour garnir le nid ou pour construire son armature. Quant à la position du nid, nous le créons généralement au sol (celui du goéland cendré est parfois dans un arbre). Ensuite, sa localisation précise diffère :

  • Pour ma part, les nids sont sur les rivages rocheux, les amas de gravier et les dunes principalement. De plus, comme j’ai un grand sens de l’adaptation, on me trouve souvent sur les toits des villes côtières pendant la reproduction.
  • Pour le goéland brun, le nid se situe sur les falaises côtières, les immeubles, les dunes et les landes marécageuses
  • Pour le goéland marin, le nid se situe au sommet d’un promontoire rocheux voire d’un rocher affleurant au large. En fait, ce goéland comme tout grand goéland a besoin d’un grand territoire. En cas de promiscuité, c’est le cannibalisme assuré !
  • Pour le goéland cendré, la nidification se fait sur les côtes rocheuses ou les rivages sableux.

Selon qu’il s’agisse de mon espèce ou de mes cousins, ma reproduction s’effectue en colonies plus ou moins denses. Ainsi, quand le site de nidification est favorable, mes colonies peuvent, tout comme celles du goéland cendré, contenir plusieurs milliers d’individus. A contrario, celles du goéland brun et du goéland marin sont toujours assez petites. Le goéland marin, en raison de son statut de goéland dominant, privilégiera d’ailleurs des colonies lâches.

Mes jeunes, comme ceux des autres goélands, sont dits semi-nidifuges. C’est-à-dire que dès leur naissance, ils sont partiellement indépendants. C’est vrai, mes poussins naissent en étant capables d’entendre, de voir et de se déplacer. Par contre, les jours suivant l’éclosion, ils ont besoin de moi pour se réchauffer (délai pour acquérir leur homéothermie) et j’assure leurs besoins alimentaires pendant de nombreuses semaines. Ainsi, 5 à 7 semaines après l’éclosion des œufs, mes juvéniles perdent leur duvet et deviennent aptes au vol, mais moi et ma partenaire les nourrissons pendant 5 semaines supplémentaires. Pour les autres goélands, les échéances diffèrent quelque peu. Quoi qu’il en soit, quand nos jeunes sont aptes au vol, ils ont encore besoin d’être nourris pendant plusieurs semaines par au moins un des deux parents.

En ce qui concerne le nourrissage des juvéniles, pour ma gouverne, comme chez la plupart des goélands, je sais que ceux-ci ont faim quand ils tapotent la petite tache rouge de mon bec. Pour le goéland cendré, l’adulte dépose la nourriture directement dans le bec du juvénile les premiers jours puis il la dépose à même le sol. De plus, chez ce goéland, dès que les poussins sont en âge de voler, ceux-ci ne sont plus alimentés par les adultes.

De 2018 à 2020, Trisk’ailes a accueilli les 4 espèces de goéland mentionnées précédemment. Cependant, le goéland argenté ayant été très majoritairement accueilli, c’est pour cette espèce, que seront présentées les statistiques d’accueil.

Effectifs pour chaque espèce de goéland

Quantité de goéland accueillis par Trisk’ailes de 2018 à 2020 selon l’espèce

Le goéland argenté et le centre de soins

Statistiques d'accueil du goéland argenté

Généralement, l’accueil des goélands argentés est associé à un ramassage de juvéniles. Il existe bien d’autres causes d’accueil mais leur proportion est extrêmement réduite.

L’ensemble des causes d’accueil du goéland argenté est illustré ci-dessous.

Répartition des causses d'accueil du goéland argenté en centres de se soins

Répartition moyenne des causes d’accueil du goéland argenté au centre de soins

L’importance du ramassage des juvéniles dans les causes d’accueil du goéland argenté suppose un accueil particulièrement important lors de la saison de reproduction. Ainsi, en juin et en juillet sont respectivement accueillis 26,47 % et 47,20 % des goélands argentés. Le graphique ci-dessous offre une vue globale de l’accueil de cette espèce au cours de l’année.

Courbe présentant l'évolution du pourcentage de goélands argentés accueilli au cours d'une année

Taux mensuel moyen de l’accueil du goéland argenté sur une année

Plus précisément, c’est en été que sont accueillis la plupart des goélands argentés soit 78,73 % des individus pour seulement 11,48 % au printemps. On peut donc voir que l’ensemble des admissions se concentre de fin juin à juillet. Ceci correspond à la période post-éclosion, c’est-à-dire quand les juvéniles peuvent se déplacer mais restent encore dépendants de leurs parents. Pendant cette période la vulnérabilité accrue des juvéniles et le ramassage des particuliers qui les supposent en détresse (parfois à tort) est responsable de la quantité d’accueils.

Devenir des goélands argentés accueillis au centre

Graphique_devenir_goélands argentés

Taux des devenirs des goélands argentés accueillis par Trisk’ailes

  • Non viable = mort au plus tard 72 heures après son arrivée ou euthanasié
  • Eutha délais = Euthanasié après plus de trois jours passés en centre de soins (souvent plusieurs mois)
  • M délais = Mort après plus de trois jours passés en centre de soins (souvent plusieurs mois)
  • Relâché = Relâché dans la nature
  • Transféré = Transféré à un autre centre de soins
  • En soins : Animal toujours en soins au moment où les données ont été enregistré. Pour certaines espèces (ex : hérissons, goéland), il est nécessaire de les relâcher en début d’année d’où un temps de détention assez long.

La majorité des goélands argentés au centre de soins sont relâchés (44,56 %). De plus, un quart des individus arrivant au centre de soins ne sont pas viables. Ainsi, en ne prenant en compte que ceux potentiellement viables, 59,57 % sont relâchés soit une proportion qui s’approche de celle du merle noir (Devenir du merle noir chez Trisk’ailes).

La durée de séjour moyenne des goélands argentés, à l’exception de ceux morts quand ils arrivent au centre, est de 26 jours. Trisk’ailes ayant accueilli 1481 goélands argentés en 3 ans soit, en moyenne, 494 chaque année, on comprend que le fonctionnement d’un centre de soins nécessite des moyens financiers importants. C’est pourquoi, les dons sont primordiaux pour assurer la subsistance d’un centre de soins. Trisk’ailes a d’ailleurs le projet d’en ouvrir un.

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Sources des images

Pour les goélands adultes :

Pour les goélands juvéniles :

Le goéland argenté et ses compères
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